DÉGUSTER LA TRANSFORMATION

Nous vivons dans un monde de transformation –  tout le temps, à chaque moment de notre vie. Qu’on le veuille ou non, que nous soyons conscients ou non, nous sommes confrontés à un changement continu autour de nous et en nous. Même tous nos envies, convictions et tentatives ne peuvent pas arrêter la seule force constante qui existe: «le changement». Un sage indien (Swâmi Prajnânpad, décédé en 1974) – dont les messages j’apprécie beaucoup – a dit que « la différence est un principe majeur de la vie humaine et que le changement est juste une différence dans le temps ».

En management coaching on est habitué à s’interroger sur la transformation. Existe, entre autre, un modèle simple appelé « la courbe de transformation ». Il y en a de nombreuses versions, certaines ayant des parallèles avec le concept Elisabeth Kübler-Ross des phases du deuil. Celui-ci ici m’a été enseigné à l’école de coaching (même si j’en ai déduit ma propre version hybride de 2 modèles différents):

courbe

On voit ici le chemin d’une « situation de crise » à la « transformation » passant par les étapes de déni, colère, tristesse, rébellion et peur (la peur peut apparaître à différents moments du processus). L’étape du marchandage est intéressante: ici nous savons consciemment qu’une certaine réalité existe plus et ne peut plus être effacée, pourtant nous essayons de prétendre qu’elle n’existe pas et / ou nous essayons littéralement de négocier avec la vie / le destin (« si je fais cela, alors… »). Finalement, nous finirons par accepter et, par la suite, nous progressons vers l’action et une « nouvelle » réalité. Cependant, ce cycle de changement continue: une fois que nous sommes dans un nouveau mode de fonctionnement, il peut y avoir (plutôt « il y aura ») un enthousiasme innocent conduisant à un « réveil » nécessaire. Un tel nouveau (mini)-choc exigera des ajustements. Alors, ce réalisme ajusté sera la nouvelle base d’un avancement durable et fructueux.

En théorie cela plutôt clair et assez simple. En même temps, nous savons tous par expérience personnelle que traverser un tel chemin dans la vraie vie peut être intense…

Alors, revenons à la nutrition et nos habitudes alimentaires… les difficultés d’aller vers une alimentation plus saine peuvent être regardées et comprises à travers cette courbe de transformation. Changer note façon de manger, devenir plus responsables de nos choix et prendre mieux soin de notre corps n’est pas très différent – d’un point de vue transformationnel – des changements dans la conduite de management. Dans les deux cas – outre nos connaissances et compétences – nous pouvons être confrontés à un tas de choses (souvent à un niveau inconscient) : des émotions comme la peur, de vieilles croyances et la sous-estimation de notre plein potentiel.

Pour être plus précis, regardons étape par étape ce que j’entends dire les clients et ce que nous connaissons de nous-mêmes ou de notre environnement. Ceci permet également  une première évaluation de l’endroit où nous nous trouvons sur notre propre chemin de transformation:

Choc / crise: essentiellement, notre corps nous avertit, quand les choses ne vont pas bien. Cela va de la fatigue et le manque d’énergie aux soucis telles que les allergies alimentaires, prise de poids, problèmes digestifs – jusque aux maladies plus graves, comme le cancer, le diabète et les maladies cardiovasculaires.

Déni: le déni peut être double, sois nous nions la situation elle-même et / ou nous nions un lien avec notre mode de vie (« aucune étude ne démontre que… »). Il n’y a guère d’expression d’émotion. Nous avons tendance à banaliser (« cela n’est rien de très grave… »), à ridiculiser (« je ne vais quand-même pas manger comme un lapin… ») ou nous citons des facteurs externes pour justifier notre situation (« c’est dans mes gènes .. », « c’est normal à mon âge… »).

Colère: une étape nécessaire pour revendiquer nos «droits» et notre autonomie. Là, nous nous affirmons, genre « il faut quand-même profiter de la vie… ». Des mécanismes sous-jacents typiques sont le discrédit (« manger ceci est trop extrême… »), le rejet (« mais un tel dit, que manger cela est sain… ») ou la condamnation (« grâce à l’évolution on peut  digérer tout… »).

Tristesse: « manger ne serait plus un plaisir… » en est un exemple.

Révolte: une phase qui est souvent caractérisée par une énergie vive, beaucoup de “mais” et d’arguments. Les stratégies comprennent l’exagération (« vraiment, alors je ne peux plus rien manger… »), mais aussi la complexification (« manger sainement est trop compliqué… ») et – un favori – la sublimation de nos habitudes alimentaires actuelles (« manger est un plaisir pour moi… », « j’aime tellement ça… »).

Peur: j’entends souvent « je n’y arriverai jamais… » ou « alors je ne pourrai plus sortir avec des amis… ». En plus de la peur, nous pouvons éprouver un sentiment de désillusion et manque d’enthousiasme.

Marchandage: ceux qui ne parviennent pas à aller durablement vers un style de vie (alimentaire) sain restent souvent figés dans cette phase. En marchandant nous essayons continuer à croire que « faire un peu de cela, suffira pour revenir à avant la crise ». J’observe que nous sommes très imaginatifs en employant des attitudes telles que l’amalgame (« je ne peux pas changer la façon dont je mange, car manger crée des liens sociaux… »), la justification (« c’est l’équilibre – un peu de tout – qui compte… »), se rassurer soi-même (« j’ai déjà fait un tel effort … ») ou encore la victimisation («la vie est déjà assez dure…»).

Acceptation: d’une certaine façon, la véritable transformation (en ce qui concerne les habitudes alimentaires, le style de vie ou dans toute autre domaine) ne commence que au moment de l’acceptation. En effet, arriver jusqu’à ici peut être laborieux et parfois très douloureux. C’est à ce stade que nous commençons à comprendre et à intégrer … « la nourriture a un impact considérable sur ma santé… », « tel aliment est nuisible à mon bien-être, ma digestion… », « je me sers de la nourriture pour combler des maux émotionnelles… ». Le chemin vers la lumière au bout du tunnel commence véritablement. Ou on pourrait dire, la lumière au bout du tunnel commence à être enfin visible!

En bonne voie: les choses commencent à bouger, nous allons à la recherche des informations, nous expérimentons avec différents aliments et saveurs, nous achetons des livres de cuisine « manger sainement », nous consultons un coach ou un nutritionniste. Il s’agit d’une phase d’action, d’aller vers l’avant – vers des objectifs, d’expérimenter de nouvelles choses, d’adopter de comportements nouveaux, d’en rejeter d’autres. Nous sommes les créateurs de notre présent et donc nous influençons notre avenir.

Mobilisation: enfin, les choses se calment, notre nouveau comportement devient une routine. Nous assumons également « notre (nouvelle) manière de faire les choses » en public. Fondamentalement, il n’y a plus grand besoin de discuter et d’expliquer ce qui a changé en nous et ce qui a changé dans notre vie. Cela devient juste une partie du «je» transformé.

Et – certainement – ce n’est pas la fin; la vie continue, et nous aussi, nous continuons à être exposés au monde en constante évolution. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de se transformer, juste notre façon à nous. Rapide ou lent, avec plus ou moins de clarté, face à de petits ou grands problèmes, la bonne nouvelle est que rien ne reste jamais éternellement figé. Nos dénis, colères, tristesses, peurs et rébellions finiront par changer aussi. Comme l’eau dans une rivière, nous sommes en mouvement et la vie elle-même nous fait bouger…

Une dernière remarque sur « l’acceptation »: Swâmi Prajnânpad, le sage indien mentionné plus haut, suggère que le plus grand obstacle pour l’humanité est « de ne pas accepter ce qui est » (« s’il n’avait pas dit ça… », « si elle n’avait pas fait cela… », « si je n’avais pas mangé ça… »,…). Selon lui nous passons justement par la colère, la tristesse, la rébellion et la peur uniquement parce que nous n’acceptons pas ce qui est. En fait, dans « s’il n’avait pas dit cela … » est compris notre reconnaissance intellectuelle que « il l’avait dit ». Donc, notre plainte à ce sujet contient également notre confirmation que c’est arrivé… Maintenant, « accepter » ne veut pas dire « ne rien faire et rester passif » – bien au contraire. Prajnânpad propose, d’abord accepter ce qui est (non pas pour des raisons spirituelles, mais pour être plus serein et en paix avec notre vie) et seulement ensuite voir et réfléchir à ce qui peut être fait (« notre action »). Une sagesse extraordinaire, qui vaut la peine d’être contemplée plus amplement dans un futur blog…

©The Vibrant Factory
À propos de Stefan Lehner: Coach et éducateur en nutrition basé à Paris, disponible dans le monde entier. Il a précédemment travaillé dans le management d’une entreprise multinationale. Il préconise l’impact énorme des choix alimentaires et du style de vie sur la santé et le bien-être et se concentre sur les transformations durables en questionnant le « quick-fix ».
http://www.thevibrantfactory.com, sur Facebook et Instagram

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